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Yennayer, comme mythe et comme réalité

     Si pour nous modernes, un mythe est une construction de l’esprit, dans l’Afrique des premiers Imazighen il est un intermédiaire pour transiter un savoir sur la réalité. Primitive et irrationnelle, la «pensée des mythes» nous faisait découvrir un état d’esprit que le passage (réussi) du Mythe à la Raison permettait d’attribuer à des sociétés antérieures. La mythologie, comme «objet» provisoire d’un questionnement, s’invente pour «nous» en terre et en langue amazighes.

  Elle est un terrain d’élection pour comprendre ce que sont les représentations culturelles. Des anthropologues, persuadés que la mythologie constitue une harmonie rigoureuse de croyances diverses, ont voulu accompagner dans toutes ses dispositions la manière dont les récits légendaires rendent compte des pratiques sociales : coutumes, rites, arts et signes graphiques, objets, alimentation, etc. Une stèle libyque, une peinture ou une gravure rupestre, iconographies sans texte, sont toutes porteuses d’un savoir, tout autant qu’une inscription gravée dans la pierre. Elles se conjuguent dans le temps, dans l’esprit et dans l’espace, dans un ordre grammatical et rendent compte de riches représentations, elles-mêmes légendées.

    «Le calendrier berbère est un calendrier agraire !» fait l’unanimité dans tous les ouvrages sur le sujet (Edmond Doutté, le R. P. Henri Genevois, Jean Servier, Janine Drouin). Mais cette assertion se réfère implicitement au calendrier julien. Pourtant, elle n’est pas si évidente que ces auteurs veulent nous montrer. Sommes-nous réellement en présence d’un calendrier agraire issu de la révolution agricole du néolithique ou de ce qui est devenu une simple convention de langage ?

    A l’origine, Yennayer devait certainement marquer le solstice d’hiver, quand le soleil reprend sa course ascendante, amenant le retour de la lumière. Il fait donc partie des célébrations annuelles en rapport direct avec les phénomènes naturels qui marquent le renouveau(1), tout comme l’est une autre fête deux mois plus tard, tafsut. Solstice d’hiver avec Yennayer, équinoxe de printemps avec amenzu n tefsut, chacune de ces deux fêtes du renouveau se caractérise par des prescriptions et des interdits, des rites et des cérémonies dont il est possible de dégager une certaine unité au sein d’une infinité de variations régionales. Un bref rappel historique permettra de voir que ce calendrier n’avait pas, au départ, le caractère agraire.

    Yennayer, terme utilisé dans toutes les régions de l’Afrique du Nord, depuis les côtes méditerranéennes jusqu’au Sahel, désigne bien le premier jour du premier mois de l’année (ixf useggas, aqerru useggas, tawwurt useggas, amenzu useggas). Contrairement aux idées reçues, Yennayer ne vient pas de Ianiarius du calendrier dit julien, mais bien de tamazight : yen, un, premier, n, particule d’appartenance et our, cycle astral. Yennayer signifie par conséquent premier jour de l’année, asggwas, qui, quant à lui, vient de as, le jour, deg, dans, was, le jour, ce qui signifierait enchaînement des jours. Yennayer est le premier des douze mois de ce calendrier, créé par l’astronome alexandrin Sosigène. L’année se décompose en 12 mois totalisant 365,25 jours. Rome avec Jules César a officialisé le calendrier égyptien en l’an 45 avant Jésus-Christ, quand cette cité dominait la Méditerranée.

     Ce calendrier fut imposé par Octave, dit «Auguste», son neveu dans tout le monde dit romain, mais il existait déjà en Afrique septentrionale avant que Rome ne le prescrive. Mais, confirmé en Afrique du Nord dès la restructuration de la province africaine et la création du royaume de Juba II par Auguste. Il faut se rappeler que Juba II, allié de l’Egypte romanisée, a épousé la fille de Cléopâtre VII et du général romain Marc Antoine, Cléopâtre-Séléné. Homme de lettres, il rédigea en grec des ouvrages consacrés à l’histoire et à la civilisation en Afrique. Le calendrier dit julien est bien attesté dans le monde urbain par l’archéologie, jusqu’à l’effondrement de l’empire en 439. Sa trace se perd avec la fin des cités latinisées à partir du VIIIe siècle mais, paradoxalement, le monde rural, parce que lié au rythme agraire, continue à l’utiliser.

Le comput païen Lhisab el εajami

    Dans les milieux scientifiques andalous, l’économie agricole, sous la pulsion d’agronomes et d’astronomes est repensée. Ibn al-Awwam rédige en 1175 son Livre de l’Agriculture. Ces auteurs de l’Andalousie médiévale utilisent le calendrier agricole amazigh revisité avec d’autres computs et autres traditions agraires, lhisab el eagami (nabatéennes, syriaques, perses). Ces travaux sont vulgarisés dans toute l’Afrique du Nord par les ouvrages d’Abu Migra (XIVe siècle), mais surtout d’As-Sussi (XVIIe).

     Les clercs de régions rurales utilisent des registres sur lesquels les mois de la liturgie musulmane trouvent leurs correspondants amazighs : ainsi, les grands froids, llyali, les grandes chaleurs, ssmayen, et les pluies d’avril, nnisan, connues dans toute l’Afrique du Nord, sont des termes syriaques contenus dans ces travaux et proviennent directement de leur diffusion.

     Un calendrier agricole, stricto sensu, est un calendrier qui se préoccupe d’exposer les pratiques à respecter pour obtenir les récoltes optimales en indiquant avec précision le moment où l’on doit planter, semer, sarcler, traiter, planter, tailler, greffer, moissonner, récolter, conditionner et engranger. A l’origine donc, le calendrier était un calendrier méthodique et rationnel, œuvre d’observateurs égyptiens (astronomes, mathématiciens) qui notaient les crues du Nil. Pour cela, ils construisirent le cadran solaire, taillé dans la pierre, pour mesurer l’écoulement du temps. Le calendrier très précis comportait 365,25 jours répartis en douze mois de 30 jours, avec cinq jours supplémentaires, épagomènes.

    Tous les quatre ans, ils ajoutaient un jour de plus pour former une année bissextile. L’année civile se divise en trois saisons de quatre mois chacune. A partir de toutes ces données, les égyptologues modernes ont pu reconstituer avec précision la chronologie égyptienne :

– Akhet, correspond à l’inondation, période de la crue annuelle du Nil, comprenant les mois de Thôuth (oct.-nov.), de Phaôphi (nov.-déc.), de Hathyr (déc.-janv.) et Khoiach (janv.-fév.), où le fellah égyptien sème la graine et cultive la terre ;
– Peret ou «sortie de la terre», c’est la germination qui met fin à la période de vie latente de la semence et début de la gestation des arbres, saison comprenant les mois de Tybi (fév.-mars), de Mecheir (mars-avr.), Phamenoth (av.-mai), Pharmouthi (mai-juin), où le paysan entretien les cultures ; -? Chemou, c’est la saison sèche, le manque d’eau incluant les mois de Pachôns (juin-juil.), Payni (juil.-août), Epeiph (août-sept.) et enfin Mésoré (sept.-oct.), où l’on moissonne et l’on engrange les récoltes. Vers la fin septembre, la statue du dieu Amon quittait le temple de Karnak pour se rendre en procession dans différents temples, fête donnée dans la vallée de Thèbes pour appeler l’inondation.
Parce que les moissons sont rentrées, c’est aussi la saison des fêtes où l’on renouvelle les alliances par des échanges matrimoniaux. Les femmes égyptiennes se fardaient beaucoup pendant ces occasions, surtout lorsque leur condition sociale le permettait.

    Elles mettaient du fard sur le contour des yeux, sur les cils et les sourcils. Elles l’obtenaient à partir de la malachite, carbonate de cuivre hydraté d’un beau vert, ou de l’antimoine broyé, pratiqué jusqu’à maintenant en Afrique du Nord, connu sous le nom de taz*z*ult, pour se protéger du trachome. Elles coloraient leurs lèvres à l’aide d’un pinceau enduit de graisse mêlée de pigment, ou encore de certains végétaux (écorces de grenades, racines de noyers). Les Egyptiennes se coloraient également les ongles des mains et des pieds et se teignaient les cheveux, généralement en noir.

UNE SCÈNE DE VENDANGE

(Inscription dans la tombe de Pétosiris)

     La tombe de Pétosiris, prêtre et haut fonctionnaire (IIIe siècle avant J.-C.). Le texte qui suit accompagne la scène des vendanges sur le domaine du défunt qui gérait les vignobles du temple d’Hermopolis.

«Les jardiniers du vignobles disent :

«Viens, ô notre maître, vois les treilles,
«Et réjouis-toi.
«Les vendangeurs foulent le raisin aux pieds devant toi. Beaucoup de grappes sont à terre.
«Elles ont plus de jus que l’an passé.
«Bois, et sois ivre,
«Ne cesse de faire ce que tu aimes.[…] «Les raisins sont lourds de rosée,
«Hâtons-nous de les presser,
«Et de les porter à la maison de notre maître.
[…]

«Offrons une petite partie du raisin au génie protecteur de ce jardin
«Afin qu’il donne une belle vendange l’an prochain.»

Source : Une scène de vendange, sarcophage de Pétosiris, Musée du Caire.
Gustave Lefèbvre, Le Tombeau de Pétrosiris, Le Caire, Service des Antiquités de l’Egypte, 1923-1924, 3 volumes.

Le ciel et les astres

     L’eau, comme la vie, vient du ciel. C’est dans le ciel que résident les Dii mauri (Dieux Maures) apparus déjà bien avant le Néolithique, en même temps que la domestication des animaux et les pratiques agraires et leurs rites. Ainsi, l’une des représentations fondamentales de la civilisation amazighe est le cycle du soleil. Les gravures rupestres, particulièrement les béliers, concurremment avec le taureau, précurseur du dieu Apis, coiffés d’un «sphéroïde», avec la présence d’une personne en position d’orant, très répandues dans tout l’Atlas saharien, ne représentaient-elles pas l’ancêtre du disque solaire égyptien ? Hérodote (Histoires, 37), confirmé par Pline l’Ancien et Diodore de Sicile, rapporte que le Soleil, Your n Sammer, Astre du Lumière ainsi que la Lune, Your n Tiziri, l’Astre de la Clarté, recevaient des sacrifices de tous les Libyens (c’est ainsi que les Anciens désignaient les habitants à l’ouest du Nil). Ibn Khaldun, citant à son tour les Berbères au moment de leur islamisation, affirmait qu’ils adoraient le Soleil et la Lune.

     Les anciens Imazighen comprirent l’influence de la lune sur les marées, la croissance des plantes, etc. Dans le domaine religieux, elle symbolisait le repos du soleil, elle illuminait par sa clarté Tiziri.

     Mais le démonstration marquante vient de Cicéron (De Républica, IV, 4) quand l’agellid Massinissa accueillant Scipion Emilien invoquait : «Je te rends grâce, Soleil très haut, et vous autres divinités du Ciel, de ce qu’il me donne avant de quitter la vie d’ici-bas de voir sous mon toit, dans mon royaume, P. Cornelius Scipion…». Même si la forme est tapissée, sous la plume de Cicéron, par un langage fleuri, le fond est plausible et l’à-propos ne manque pas de grandeur.

   Au-dessus d’une multitude de dieux, un dieu suprême, Amon, dont l’oracle à Siouah déborda largement des limites géographiques libyennes (l’oasis de Siouah, en Egypte, aux extrémités de la Libye). Son nom, sa popularité, sa face policée sous l’illusion hellénique, conquirent le monde méditerranéen. Aujourd’hui encore, alors que nous rythmons nos chants soufis par «Allah-Allah», dans l’Egypte contemporaine on n’a pas oublié le dieu amazigh célébré dans le temple de Siouah en scandant leurs chants par «Amon-Amon», pratique gardée depuis Néfertari II, fille de Ramsès II, qui reçut la fonction de chanteuse du dieu Amon..

Neith la «Libyenne»

     La déesse Neith, assimilée par les Grecs à Athéna, déesse de la Sagesse et de l’Intelligence, et par les Romains à Minerve, est appelée la «Libyenne»(2). Dans sa fonction de démiurge, Neith incarne les aspects mâle et femelle de la création. Elle est tout à la fois la déesse créatrice et le dieu, car issue de l’Océan primordial où elle se déplaçait sous la forme d’un poisson, après avoir pris la forme première d’une vache, Akhet. Neith avait annoncé «la venue d’un dieu, dieu des dieux et des hommes.

   Son œil serait la lumière du monde qui sombrerait dans les ténèbres quand il le fermerait ». Neith ajoutait : «Je le porterai, je lui insufflerai ma force, je lui offrirai ma vigueur, je le protégerai de ceux qui s’élèveront contre lui, je l’aiderai à vaincre.» Neith a tenu également sept propos, dont le sixième faisait appel à Amon-Râ «à grands éclats de voix : “Viens, viens toi que j’ai créé, […] car je suis ta mère, Akhet, la vache divine !” Le dieu vint alors, tout souriant, se jeta à son cou.

     Et ce jour devint le plus beau jour de l’an.» Ce jour marque la naissance de l’année selon le calendrier amazigh fondé sur les phénomènes astronomiques (rotation de la Terre autour du Soleil et de la Lune, les cycles conjugués de ces astres participent aux prévisions agraires). «Puis il pleura dans l’eau (initiale) quand il ne vit plus sa mère, la vache divine, qui s’était éloignée dans le ciel, et les hommes naquirent des larmes de son œil ; et il saliva quand il la revit, et les dieux naquirent de la salive de ses lèvres.»(3) Neith l’emporte alors entre ses cornes loin de ses ennemis, nageant jusqu’à son sanctuaire de Saïs dans le Delta, où elle s’installe sous son aspect de déesse guerrière, portant l’arc et les flèches.

Sheshong 1er fonda la XXIIe dynastie pharaonique en 950 av. J.-C., date marquante du calendrier amazigh.

   Le pharaon est célébré en grande pompe quand il prend «la grande couronne blanche [des mains] de ces très grands étrangers qui président aux Libyens»(4). Les Lebous ou Libyens vont s’octroyer une place primordiale dans l’histoire de l’Egypte dès la première dynastie thinite (vers 3000 av. J.-C.) où ils apparaissent sur la palette de Nâmer, puis, en participant à la coalition des Peuples de la mer. Alexandre Moret a remarqué que «leurs noms et ceux de leurs chefs rappellent exactement ceux des Numides de l’Histoire classique»(5), peut-être originaires de l’Atlas. Ramsès III se voyait obligé de les installer dans le Delta par «dizaines de mille». Un de leurs chefs établît sa domination sur Hiérakléopolis. Son septième descendant(6), Sheshong 1er (Cacnaq u1), conquît le Delta, répartit le sol entre les Libyens et fonda la XXIIe dynastie pharaonique en 950 avant J.-C.. Par ces pharaons, fondateurs de la XXIIe (-950) à la XXVe (-663) dynastie, la diffusion de la civilisation égyptienne sur le «far west» maurétanien et inversement l’expansion de la culture amazighe le long de la vallée du Nil, durent certainement se conquérir mutuellement dans une union charnelle et spirituelle.

Le Texte de Chabaka ou la cosmogonie de l’Univers

    C’est sous la XXIVe dynastie libyenne qu’a été gravé le fameux Texte de Chabaka(7) (environ 730 av. J.-C.), qui expose la cosmogonie de Memphis où le cœur et la langue sont à l’origine de toute chose. C’était le Noun, un espace liquide, sombre, épais et aux contours indéfinis qui abritait les forces positives et négatives de l’espac, qui luttent pour la prédominance sur la vie. Dans cette immensité, les ténèbres étaient absolues, ce n’était pas la nuit puisqu’il n’y avait pas de jour. Un démiurge allait naître de ces lymphes, de ces fluides qui sont tout à la fois sperme, crachat et salive, tous créateurs de vie et de paroles. Dans cette cosmogonie, la vie naît d’une énergie primordiale issue du néant. Le démiurge Atoum, «Celui qui est complet», « Celui qui est la totalité », «Celui qui est et qui n’est pas», était aussi le cœur et la langue de cette immensité.

    Car le cœur est dans le corps, la langue dans la bouche, et on les retrouve tous deux dans tous les êtres, qu’ils soient dieux, humains, animaux ou reptiles. Les rôles sont partagés et complémentaires.

     Le cœur conçoit et la langue exécute, ils deviennent les dieux suprêmes de cette assemblée des dieux que constitue le corps. L’Ennéade, ou la multiplicité des dieux issus d’Atoum, symbolise les dents et les lèvres, mais aussi la semence et les mains d’Atoum (il faut rappeler qu’Atoum créé la généalogie des autres dieux à partir de lui-même, par onanisme).

   L’Ennéade des dieux est donc issue de sa semence, elle est aussi cette bouche qui prononce le nom de toutes choses qui conduisent du un au multiple. Les yeux qui voient, les oreilles qui entendent et le nez qui respire assistent le cœur dans sa tâche, lui donnent la connaissance qui permet la pensée qu’exprimera la langue. Quand les dieux lui demandent quel est leur destin et l’interrogent sur la durée de leur vie, il répond à chacun : «Tu es destiné à vivre des millions de millions d’années.

    Pourtant, je détruirai tout ce que j’ai créé ; ce pays retournera à l’état de Noun, à l’état de flot, à son premier état. Je suis ce qui restera, avec Osiris, quand je serai redevenu serpent. Et ce que je serai, les hommes ne peuvent pas le connaître, les dieux ne peuvent pas le voir. Car je suis la totalité de ce qui est et ce qui n’est pas. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait étant seul, avant que personne d’autre ne se manifeste à l’existence. Seul j’ai pensé toute la création.»(8)

    Tout le Texte de Chabaka est sous-entendu par l’idée que le monde tel qu’il existe a été délibérément conçu par le démiurge. Le cœur/conscience/esprit et la langue qui énonce sont incarnés par Hou, «Verbe créateur», et Sia, «Connaissance, Pensée créatrice». Ces deux concepts ?qui n’ont ni sanctuaire ni culte et ne constituent pas à proprement parler des divinités  sont présents dans le démiurge lors de la création. On les retrouve chaque nuit aux côtés de
Rê-Atoum, dans la barque solaire, dans le cadre de ce cycle quotidien du retour au néant où se reconstitue un nouveau soleil.

L’identité vient droit du Paléolithique

    Une anthropologie comparative, faisant retour sur la perception de nos symboles culturels, convie à libérer certaines constances constitutives qui sont comme inscrites dans la conscience de la plupart des individus d’une même culture. Depuis le XIXe siècle, les nations occidentales se sont donné les arguments et les preuves pour croire en quelque chose d’aussi «mythique» que l’identité nationale. Pour faire une nation, disait Maurice Barrès, «il faut des cimetières et un enseignement d’histoire». En 1986, l’historien Fernand Braudel, racontant l’odyssée de «l’identité de la France», pouvait se porter témoin que celle-ci venait droit du Paléolithique. Il n’a pas été entendu par la seule extrême-droite. Il y a une moins de vingt ans, une petite province d’Italie, se proclamant «Padanie» par son ascendance «celtique», choisissait de créer un ministère de l’Identité nationale.

    La date innovatrice du calendrier amazigh a été imaginée en 1980 par le regretté Ammar Negadi, ce digne fils de Merouana, dans le sud-est de Batna, au pied du Belezma. Dans cette problématique, Ammar Negadi n’a pas choisi un père fondateur comme pour les trois calendriers issus des religions monothéistes. Il a écarté d’emblée Jugurtha et Kahina, vaincus, l’un par les Romains, l’autre par les Arabes, malgré leur qualité de héros de la résistance à l’occupant. A une défaite, il a privilégié une date où les Imazighen ont occupé physiquement, organiquement et spirituellement un territoire et où ils s’y trouvent et s’y retrouvent.

   Il convient de se rappeler que dans leur énumération, les Touareg, peuple guerrier, rapportent le nom de l’année à une bataille remportée sur l’ennemi ou sur eux-mêmes, victoire du bon sens. Aussi, évitent-ils de chanter dans les tisiway les années de leurs défaites. Il faudrait alors se souvenir de l’Espagne de Tariq fils de Ziyad qui «était une conquête sans Arabes ou presque.

     C’est le premier paradoxe de l’histoire musulmane»(9) nous dit Gabriel Martinez-Gros dans son Idéologie omeyyade. Larbi Boutemen précise que «12 000 hommes étaient des Berbères, il y aurait eu une quinzaine d’Arabes, des religieux pour diriger la prière».(10) Toutefois, 711, victoire de Tariq sur Rodrigue, roi wisigothe, même si c’était un grand avènement, était un événement trop récent dans la chronologie pour servir de référence au calendrier amazigh. Il resterait alors l’Egypte avec la consécration de Sheshong comme pharaon en 950 avant J.-C.

    Entre les deux dates, avant et après Jésus-Christ, Ammar Negadi a donné, dans Asaγan, le lien de l’Association du peuple amazigh, des bases et des origines anciennes où la victoire des Imazighen est un exploit marquant dans l’histoire culturelle de la Méditerranée, d’autant plus que leur présence dans le delta du Nil remonte à plus de 3000 ans av. J.-C.

   Quand en octobre 1981 je publiais le premier Agenda berbère – Tibbur’useggwas 1982,(11) je participais à un acte militant où il fallait restituer dans un document unique et synthétique la masse de textes que j’amassais au fil des années. Le 1er Yennayer 2932 figurait le 13 janvier 1982,(12) parce que le changement de date commence la veille, à la tombée du soleil, à l’heure du dîner. Dans toutes les composantes berbérophones, comme dans l’ensemble maghrébin, la «journée» va d’un coucher de soleil à l’autre, une conception du temps très ancienne. La Genèse divise le temps de la création en ces termes : «Il y eut un soir, il y eut un matin».

(13) A Ouargla, la journée commence à l’heure du sommeil (tin id?es), quand retentit l’appel à la dernière prière, une heure et demie environ après le coucher du soleil (deffer ut?t?u n tfewt). Les années touarègues, comme dans tout le monde berbère, sont des années solaires, allant du milieu d’un hiver au milieu de l’hiver suivant, c’est-à-dire du 1er Yennayer au 31 dujember.

    Yennayer, le Nouvel An amazigh, est le jour consacré à l’origine pour célébrer la fin de l’année culturale. Il devenait depuis l’enjeu des militants en quête de symboles identitaires. D’abord célébré à Paris le 13 janvier 1982 par l’Association culturelle berbère (ACB) animée par Benbouriche, il s’est propagé comme une traînée de poudre à toute l’aire berbère. La mairie de Paris, depuis une quinzaine d’années, célèbre le Nouvel An amazigh, devenu une vitrine identitaire pour les nombreuses associations.

   A Agadir, le conseil de la ville a même participé depuis 2007 à l’organisation des festivités : «C’est une première ! Aucune instance officielle ne l’avait fait jusque-là», relève avec contentement Mohamed Barchill, un animateur de Tamunt n Iffus, association de la ville du Souss marocain.

    Là, le Réseau amazigh pour la citoyenneté, qui s’était vu refuser dans le passé l’agrément de disposer d’une salle publique pour fêter Yennayer, a politisé le Nouvel An amazigh, voulant voir Yennayer inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine oral de l’humanité. Pour Ahmed Arrehmouch, président du Réseau, «c’est devenu une date symbole pour nous.

   A ce titre, nous revendiquons que Yennayer soit décrété fête nationale chômée par le Maroc.» C’est sans doute ce qui explique la crispation des autorités chérifiennes à son égard, peu transportées à l’idée de voir, ce qui était à l’origine une fête agraire et bon enfant, transformée en cérémonie solennelle et officielle.

Des signes désignifiés, des rituels déritualisés : le mécanisme fonctionne encore comme chez tant de sépulcres vivants

    C’est à première vue un rituel symbolique observé collectivement, qui s’enchâsse dans une gratuité marginale, comme on met des journaux à la disposition des voyageurs, ou les cadeaux d’entreprise. Partant de l’échange symbolique tel que le décrivait Marcel Mauss,(14) on pourrait percevoir de tout cela des résidus dans la carte de vœux qui relève plutôt de cette apparente chaîne sociale désunie que nous tentons désespérément de ressouder à travers des signes désignifiés, des rituels déritualisés.

     Celle-ci pourrait faire partie des «sédiments sociaux» de tous ces rituels déposés au fil du temps par de longues relations, qui n’ont plus leur force ni leur puissance. Nous troquons désormais des représentations vides, malgré les reflets teintés de couleurs cérémoniales et la petite tonalité somptuaire de ces cartes, qui ne viennent cependant sceller aucun pacte. Quand les signes passent ainsi dans une existence seconde, au-delà de leur propre finalité, leur existence peut devenir interminable.

   On peut penser aux commémorations dépourvues de rituel, aux fêtes qui ne battent plus une réelle vie collective, et ne font que remémorer le souvenir du «lien social». On peut penser à toutes les pratiques politiques, et même au système électoral : c’est une survivance maintenue à bout de bras, mais ce n’est plus un système vivant de représentation. Le mécanisme fonctionne encore, comme chez tant de sépulcres vivants.

Retour à une fierté identitaire

    Le 1er Yennayer 2968, le Nouvel An amazigh devient un événement bien spécial pour l’ensemble de l’Afrique septentrionale, les populations s’étant déjà réconciliées avec leur histoire, avec le moi clandestin, quand le 18 novembre 2010, par un heureux coup de pied sur le ballon rond, les Verts marquaient à Khartoum le but qui les sélectionnait pour participer au Mondial.

   On a vu le peuple, devenu enfin responsable, se prendre en charge : dans toutes les régions du pays, les Algériens ont partagé la même impulsion, le même transport, le même élan, dans un même peuple, dans une même fierté identitaire. Cette réjouissance sans trouble, cette parfaite harmonie montrent qu’à cette occasion le peuple a compris qu’il était doué pour faire des miracles.

     Dans le vol Khartoum-Alger, l’amazighité n’était plus illégale, chacun célébrait sa souche berbère pour répondre aux pamphlétaires égyptiens qui qualifiaient l’Algérien de «barbare». Comme par magie, le barbare-berbère n’est plus envisagé comme langue étrangère. La Télévision algérienne va même questionner des Kabyles en kabyle, sans doublage ni traduction ni commentaire. Une communion d’idées et de sentiments gouvernait.

   Par-dessus les frontières étatiques, les Tunisiens, Marocains, Libyens étaient autant concernés par ce match retour. Dans les sms qu’ils s’envoyaient, ils se disaient : «On a gagné !». A l’instar de ce tir bien ciblé et salutaire, les Amazighs, des Îles Canaries à la Libye, de la Méditerranée à la boucle du Hombori sur le fleuve Niger, invoqueront les forces de la nature pour que les récoltes soient bonnes.

   A Bougie, ma deuxième patrie après Aït Yenni, je viens célébrer Yennayer, en répondant tous les ans à l’invitation de mon ami Yahia Hammouche qui recevait tout le peuple abgayti à cet occasion, autour d’un couscous généreux. J’étais là pour expliquer la philosophie, le sens et la portée symbolique de Yennayer dans la quête identitaire.

   Yahia Hammouche, cet exemple de rectitude morale, de courage et d’abnégation, disparu le 8 décembre 2016, suite à un arrêt cardiaque en revenant de Toudja, son père, son épouse, son fils et ses filles ont tenu à perpétuer les nobles valeurs qu’il leur a initiées en perpétuant la noble tradition inaugurée par cet homme sensible et philanthrope qui est leur fils, leur époux et leur père.

   Cette tradition, qui nous vient du fin fond de notre histoire, est maintenant devenue une journée nationale, chômée et payée au même titre que le 1er Novembre, le 19 Mars et le 5 Juillet, parce que le peuple amazigh s’est affirmé dans sa volonté politique, cultuelle et culturelle.

A Rabat, Alger, Tunis, on ouvre la porte de l’année

    Dans chaque famille, le père va sacrifier un coq ou un lapin que la mère préparera en couscous. Avant de présenter le plat au dîner, dans certaines régions de l’Afrique du Nord, la mère dissimulera un noyau de datte. La tradition se souvient que la personne qui tombera dessus, Dame Fortune lui sourira toute l’année… 2968. Augurée comme ça, cette date futuriste pourrait laisser confondre la charmante famille avec des Klingons, échappés d’un épisode de Star Trek. Il n’en est rien, elle est bien de chez nous. Cette famille peut être d’Arris ou de Matmata, d’Azazga ou de Ouarzazat, de Ghardaïa ou de Ghadamès.

    Elles fêtent Yennayer, le Nouvel An amazigh. «Tawwurt useggwas», la porte de l’année en Kabylie, ou «Adaf useggwas», l’entrée de l’année dans le Chenoua, ou encore «ixef useggwas», le premier de l’année dans les Aurès, est «une fête ancestrale qui, depuis des siècles, clôt la fin d’une année agricole pour ouvrir une autre», m’expliquait, il y a déjà longtemps, ma mère. Aujourd’hui, on fête une tradition immémoriale en plein cœur d’Alger, de Rabat ou de Tunis. Et tous, aussi bons musulmans ou bons chrétiens ou libres penseurs qu’ils soient, reconduisent une persistance païenne, célébrée il y a des milliers d’années par leurs ancêtres.

Le rituel de yennayer

    Dans le subconscient des gens, Yennayer fait frissonner les grands récits fondateurs, avec leurs recommandations et leurs interdits, souvent pendant trois jours et parfois plus, qui traversent les générations. Les prescriptions recommandent :

• le nettoyage et le blanchiment de la maison, pour symboliser la pureté, la blancheur, la virginité, l’hyménée, le mariage, l’authenticité, la transparence, la limpidité, la franchise, l’innocence, la droiture, la loyauté;
• la réfection du kanoun et le changement des trois pierres, inyen, servant de trépied, pour que le feu de la vie ne s’arrête pas de brûler pour recevoir et honorer les alliés et les hôte de Dieu qui viendraient à passer ;
• le renouvellement des ustensiles usagés pour favoriser l’abondance, le débordement des biens à travers les objets de cuisine ;
• le revêtement du sol (ussu i tγerγert), de la cour (afrag), de la litière de l’étable (ussu i waddaynin) avec des plantes vertes, afin que la végétation persiste ;
• le dépôt de grains de blé (irden) ou d’orge (timz?in) dans le moulin domestique (tisirt), autour du foyer (lkanun), de l’ensouple inférieure (afeggag w-wadda) du métier à tisser (azetta), de la poutre maîtresse (ajgu alemmas), pour que la prospérité et la fécondité soient présentes partout ;
• le sacrifice d’un coq (ayazid), d’un chevreau (iγid) ou d’un lapin (awtul), symboles de la masculinité et de la fécondité de ces bons reproducteurs ;
• le jeûne de vingt-et-un jours, en plus du Ramadhan, pour les femmes âgées (Kabylie), pénitence de piété et de charité qu’elles s’imposent durant la période d’abstinence, afin d’accéder au ciel et à l’éternité ;
• la première coupe de cheveux du garçon qui quitte le monde asexué de l’enfance et le giron maternel pour entrer dans celui des garçons où il s’initie aux jeux virils ;
• prophylaxie corporelle par la coloration des sourcils avec la sève du genêt en combustion pour les femmes de la maisonnée : Timmi s imetti uzezzu akken ad ssihent wallen. Se dessiner les sourcils avec les “larmes” du genêt afin que les yeux puissent verser des larmes comme le genêt qui brûle, afin de s’émouvoir face aux événements et à la douleur, d’acquérir la tendresse en devenant accessible à la sensibilité, à l’affection, à la douceur, à la compassion. Alors que le cœur est l’organe amoureux, le foi, quant à lui, symbolise l’amour filial.

   Conjointement à ces prescriptions, la tradition a imposé des interdits la veille et le jour de Yennayer, sous peine de damnation au supplice éternel. Ces interdits peuvent concerner tous les Imazighen ou appartenir à une tribu, un village, un clan ou simplement une famille. Ainsi, il est prohibé de :

• moudre le grain ou balayer le parterre ;
• se s’appliquer du henné ;
• se couper les ongles, se raser ;
• porter de beaux habits de fête ;
• parler la nuit du changement d’année (Anti-Atlas marocain) ;
• tisser : si l’ouvrage n’est pas achevé, on le démonte et on le remonte plusieurs jours après Yennayer. La femme fait porter au loin dans la montagne la natte non terminée et la récupère à la fin de la période (Ouest algérien) ;
• obstruer le passage de la vapeur de la marmite au couscoussier par la bande habituelle de tissu meqful, (Miliana).
• consommer du lait ou du beurre, parfois durant huit jours ;
• donner du levain ou du feu aux voisins ;
• pratiquer l’acte sexuel la nuit de Yennayer ;

   Le souper de la veille, imensi n yennayer, et le repas du lendemain, imekli n yennayer, sont les deux agapes réunissant tous les membres de la famille. Les ingrédients devant composer le repas de Yennayer varient sensiblement d’une région à une autre, mais les constantes sont parfaitement repérables. Le premier soir, ce sont les beignets (lesfen? ou lexfaf) que l’on mange à volonté, ou les légumes secs bouillis avec du couscous.

    Le lendemain, jour du repas festif, on consomme le couscous aux sept légumes (sebεa ysufar) ou berkukes selon les régions. Fèves, lentilles, pois-chiches, haricots, petits pois, blé non moulu, raisins secs, amandes, noix, qui peuvent être accompagnés de navets, carottes, tomates, cœur de palmiers nains, font partie des aliments requis. Le repas doit se composer également de viande de volaille, l’idéal étant de sacrifier un coq. Chacun doit manger à satiété afin d’éviter la faim durant toute l’année. On associe à ce repas la nouvelle belle-famille et les filles mariées pour lesquelles on réserve la part.

  La journée de Yennayer est la plus augurale d’entre toutes, ce qui s’accomplit ce jour-là se poursuivra tout au long de l’année. L’on essaie de tirer des présages par l’observation de toutes sortes de signes ou d’actions des hommes et des animaux. La pluie étant toujours très fortement souhaitée, on dépose sur le toit quatre petites marmites de terre contenant du gros sel, chacune représentant un des quatre premiers mois de l’année.

    Le lendemain, on mesure le taux d’humidité et le degré de fonte du sel pour savoir en quel mois tombera la précieuse pluie. Parfois, c’est une boule de pâte entourée de douze tas de sel représentant les douze mois de l’année (région de Cherchell). On interroge les animaux domestiques, si ceux-ci répondent, l’année devrait se révéler prospère (Kabylie). Bien que les mascarades se déroulent surtout à la fête de Taεacur*?t, on en trouve aussi au moment de Yennayer, même si celles-ci n’ont pas le même caractère spectaculaire.

    Arrêtons-nous un instant sur un vocable dont le sens est parfaitement inconnu des populations qui l’utilisent. Ici ou là, il désigne le jour de l’an (plusieurs groupes amazighs du Maroc, Touaregs, Aurès), ailleurs il fait partie intégrante des expressions rituelles que le cortège des enfants chante en allant de maison en maison quêter des friandises.

    Il possède de nombreuses variantes, à forme masculine ou féminine : Biannu, Bu-Ini, Tabennayut, Tabelyut, Tabernayut, Lalla Babiyanu, Tafaska n Lalla Babyannu (Ouargla). Ce nom est donné soit à la fête elle-même, soit à la vieille de janvier (tamγart n Yennayer), soit au masque du lion, ayrad (Tlemcen), soit encore aux feux de joie de la fête de Taεacur*?t.

    Les Touaregs de l’Aïr, au Niger, donnent le nom de Bianu à une fête de deux jours le 20 Moharram : une «fête d’amour» qui rappelle «la nuit de l’an», «la nuit de la confusion», «la nuit du bien-être», «la nuit du bonheur», connue de nombreux groupes amazighs marocains et au cours de laquelle jeunes gens et jeunes filles se rencontrent la nuit dans un lieu déterminé. On ignore tout de la nature de ce Bianu. Etait-il un personnage masculin ou féminin ?

    Représentait-il une divinité androgyne ? Attachée à quelle fonction ? Bu-Ini, littéralement «celui à la pierre du foyer» aurait-il un lien avec Ccix lkanun, «le vieux du foyer», personnage imaginaire à longue barbe, de très petite taille, pas plus haut que les pierres du foyer ?

    Ce «maître du feu» dont on réaménage l’espace au moment de Yennayer par la réfection totale du foyer jouerait-il un rôle en lien avec la renaissance du soleil ? De plus, malgré sa petitesse et sa vieillesse, il conserve éternellement sa verdeur sexuelle puisqu’il convoite les jeunes filles de la maison qui se méfient de lui. De manière générale, on ne marche pas sur les cendres, signe de la crainte qu’il inspire.

Une célébration officielle estampillée d’un folklore désuet

     De cette tradition millénaire, de cette fête familiale où on va améliorer le menu à travers un repas communiel, imensi g-yennayer, la culture officielle échafaude en grande pompe la célébration du Nouvel An amazigh 2968. Le ministère de la Culture a établi un plan d’actions à partir du 9 janvier 2018 sur les 48 wilayas du pays où sont organisées des manifestations limitées en réalité à des approches folkloriques sans relief ni brillance, ni grandeur. Le décret présidentiel, faisant de ce patrimoine une fête nationale, ne modifie pas grand-chose à l’aspect des programmes.

      Les directions départementales de la culture se focalisent en effet sur l’habillage de l’événement avec des expositions de costumes traditionnels, d’art culinaire, d’artisanat, de tbabla-s et autres joueurs de zorna, accompagnés de danses où on remue à l’excès les hanches, etc. Quelquefois, on prévoit de projections de films. A Alger, la salle Ibn Khaldoun a accueilli Rabah Asma, star des années 1980-1990, tandis que l’Opéra abritait une série de spectacles folkloriques avec le ballet de la wilaya d’Alger, les tbabla-s de Bouira, les rehaba-s de Batna, les ensembles ahellil de Timimoun et Sidi Djaber de Ghardaïa.

    Si d’un côté on reconnaît Yennayer en tant que fête nationale, chômée et payée, fête de partage et en communion dans la même foi, d’un autre côté, l’Etat affirme sa présence dans le Nouvel An amazigh en récupérant et folklorisant cet événement par des manifestations réduites à un pittoresque superficiel et périmé.

Par : Ali Sayad Anthropologue

Références

1)– Le même phénomène s’est produit en Europe où l’ancienne fête du solstice d’hiver, la fête de Yule dans les langues germaniques, est devenue le Noël des Chrétiens.
2)– Charles-André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, Payot & Rivages, «Grande Bibliothèque Payot», Paris, 1994, p. 62.
3)– Nadine Guilhou et Janice Peyre, La Mythologie égyptienne, Marabout (Hachette Livre), Paris, 2006.
4) Ch.-A. Julien, op. cit., p. 62.
5) Alexandre Moret, cité par Ch.-A. Julier, op. cit., p. 63.
6) Chéchong l’Ancien, père de Chéchong 1er , était chef de la tribu libyenne des Mechouesh. Il parvient à s’imposer militairement dans la région de Bubastis, actuelle Zagazig, dans la partie orientale du Delta du Nil, et ouvre les marches du trône d’Egypte à son fils. Chéchonq 1er, fondateur de la XXIIe dynastie, dynastie bubastide, du nom de la résidence royale, gagna la confiance du pharaon Psousennès II (XXIe dynastie).

A la mort de ce dernier, il monta sur le trône des Deux Egypte et s’installa à Bubastis. Durant son règne, il imposa sa dynastie, s’empara de Jérusalem qu’il livra au pillage et ordonna la restauration de nombreux temples et palais de l’Egypte. Il fit bâtir des temples de millions d’années à Karnak et à Memphis. On situe son décès vers 925 av. J.-C. Chéchong II (Hékakhéperré), fils du précédent, n’occupa le trône que peu de temps et ne marqua pas l’histoire de l’Egypte. Un masque en or le représentant est exposé au musée du Caire. Sa momie fut retrouvée dans le vestibule de la tombe de Psousennès Ier , utilisée comme dépôt des sépultures pillées. Chéchong III (Ousermaâtré Sétenpenrê), pharaon vers 835-800 av. J.- C., rénova les édifices en ruines et fit restaurer Tanis où fut retrouvé son tombeau.
7) Affligé par la dégradation des anciens papyrus conservés au temple de Memphis, qui contaient l’histoire du monde par Ptah (dieu créateur, grand artisan de l’univers, patron des artisans, il forma une triade avec Néfertoum, son fils, et Sekhmet, son épouse, mais s’associe aussi avec d’autres dieux), Chabaka ordonna que ces textes soient gravés sur un bloc de granit noir afin d’en assurer la conservation à travers les siècles.
8)– P. Barguet, Le Livre des Morts des anciens Egyptiens, Edit. du Cerf, coll. «Littératures anciennes du Proche-Orient», Paris, 1978, rééd. 1988.

Cet article a été publié dans le journal El Watan

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